Traçabilité

par François P.

Une main qui apprend, qui soupèse, qui teste. C’est Monique à la manœuvre. Dans son lit, sur la table de salle à manger, dans la cuisine après le café. Souvent, l’art contemporain part d’une note d’intention, de textes, d’un corpus théorique, d’une charge intellectuelle. Monique part d’une démarche inverse, d’une pratique qui tâtonne, qui joue avec l’objet et la matière. Les ciseaux, les outils qui tournent, qui écrasent, qui séparent, qui affinent.

Et c’est cet échange entre la main et la matière qui produit l’œuvre. En créant une tension dynamique entre la matière et la main, l’objet peu à peu prend forme. La plaque d’aluminium se tord, elle se débat parfois, refuse l’idée de la main. Ou au contraire rebondit, s’enroule et déploie une forme inattendue, anticipant le rêve de la main. Tout le contraire d’une démarche intellectuelle. La main prime la tête.
C’est une fois finie que l’œuvre peut aller se réconcilier avec les mots. C’est le titre, ce sourire mi-amusé mi lucide qui dépasse l’œuvre, qui le cache parfois, qui voile la pudeur de l’œuvre souvent, qui joue un peu moqueur, en connivence, en clin d’œil.

Mais la main a déjà changé le plomb en or. Car le principe de Mokap, c’est partir de ces matériaux humbles, partir de ce qui va à la poubelle en général, les emballages, les bouteilles, ce qui reste sur la table du repas quand on a tout enlevé. Et qu’on va enfin retrouver, et voir de nouveau. Un peu comme ces SDF qu’on croise tous les jours sans se rendre compte qu’on les voit et qu’on ne les regarde pas, et qui deviennent un jour des vraies gens, des gens à qui on parle et qui deviennent nos frères.

En français, il y a cette jolie expression « ça n’a pas de prix » pour les objets qui ont pour nous une valeur suprême, inestimable. Tout le travail de Mokap, c’est de transmuter ces objets, qu’ils passent de « ça n’a pas de valeur » à « ça n’a pas de prix ». Et en cela Monique apporte de la valeur au monde.

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