Poisson queue

Par Claire D.

Mokap est une artiste totale qui, avec “Poisson queue”, donne à voir, à n’en pas douter, une des oeuvres emblématiques de sa période noire (2009-2017). Profondément en prise avec les soubresauts de son siècle, Mokap dévoile un rapport à l’intime qu’aucun artiste ne lui dispute.

Le noir, d’abord, est un des grands fondamentaux mokapiens. L’artiste, si lumineuse en interview, est réputée pour ne travailler que la nuit, aux heures les plus sombres. Elle confie voir sa créativité démultipliée entre 2 et 4h du matin. Sur le travail de l’aluminium, il faut s’attarder sur chaque pièce, et bien comprendre le procédé d’horizontalisation de sa capsule-totem.

Lors de la visite de son atelier, Beaux-Arts Magazine ne s’y était pas trompé : c’est bien du geste que naissent les outils de Mokap. Un talon de ballerine, un marteau en gomme jaune, une cuillère à glace : tous deviennent éléments créateurs, éléments aplatisseurs, dès lors que l’artiste s’en saisit. C’est d’ailleurs la même Mokap qui lance en 2014 le mouvement CQJSLM (Ce que J’ai Sous La Main) en hommage à Duchamp.

Quand chaque capsule est modelée, quand la partie cède sur le tout, quand le détail laisse la place à l’oeuvre, comment ne pas penser à la performance qui la rendra célèbre, en septembre 1990 ? C’est bien à sa robe de mariée écaillée qu’il faut voir ici un hommage outrenoir, contrepied amusé à presque 25 ans d’écart.

Enfin, très attentive aux signaux faibles, c’est avec subtilité qu’elle fait ici écho à son signe zodiacal, animal fétiche tant revendiqué dans l’intimité et si bien cuisiné.

Comme elle le déclarait à la veille de ses 60 ans et de sa “décennie créative” : “la fraternité n’est pas un entresoi”.
C’est ce que Mokap démontre à chaque oeuvre.

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