Grappe

par Christian R.

De la dissimulation*, ou les soixante ans de Mokap (Saynète)

Moi. – Bonjour Olivier.

Olivier. – Bonjour Christian.

Moi. – Je t’apporte ma contribution pour l’anniversaire de Mokap.

Olivier. –  Très amène de ta part.

Moi. – Pas tant que ça Olivier : Mokap te trompe.

Olivier. (très interloqué) – Comment ça, Mokap me trompe ?

Moi. – Elle dit partout depuis plus de trente ans qu’elle ne s’intéresse ni au vin ni à l’alcool. C’est faux, elle les idolâtre.

Olivier. – (un peu soulagé) Ah, bon. Comment le sais-tu ?

Moi. – De plusieurs sources que tout le monde ignore, même toi.

Olivier. – (à nouveau déconcerté) Sers-moi tout.

Moi. – La première source est rhétorique. Implacable. C’est le syllogisme de Mokap.
Majeure : Mokap aime les épices

Olivier. – Oui, elle en sublime souvent ses plats.

Moi. – Mineure : Or le poivre est une épice.
Conclusion : Donc Mokap se poivre.

Olivier. – (ébahi et consterné) Ce n’est pas possible, Mokap se poivre !

Moi. – Oui et c’est pire que tu ne penses. Seconde source, elle est souvent ivre de ses oeuvres. Regarde bien la plus connue, La grappe, que vois-tu ?

Olivier. – Des capsules représentant des grains de raisins, noirs, rouges et blancs.

Moi. – Scrute Olivier, scrute ces grains à la pruine alléchante.
Eh bien ces capsules ne sont pas vides mais pleines. Pleines de cépages et de liquides alcoolisées. Dans celle-ci du mocabernet franc, dans celle-là du mocabernet sournois. Dans cet autre du Listrac, du château MoCapLéonVeyrin ; et dans cet autre encore de l’alcool du Mokaquavit, plus de 50°. Et Mokap boit chaque jour ces capsules goulûment, avec plaisir et avidité. J’ai compté il y en a soixante. 5 centilitres par capsule, ça fait 3 litres par jour. Alors mon pauvre Olivier…

Olivier. – (accablé) Et moi qui sublime Mokaféine depuis 35 années.

Moi. – Ce n’est pas tout. Ma troisième source la plus vérace.
Quand Mokap est pompette, qu’elle roule sous la table, elle révèle sa vraie personnalité, brulante et trouble, elle encense les mots.
Tiens lis le quiz auquel Mokap a répondu dans une revue « le vin bourré », p. 60.
« Quel est votre instrument de musique préféré ? – Le mocaphorn !
Quel votre soupe préférée ? – La mokapistou !
Quel est votre plaisir préféré ? – La mocape de cigare ! (En plus elle fume !)
Quelles études supérieures avez-vous suivies, sciences po ? – Non, Mokapiston !
Quelle est votre principale qualité, votre principal défaut ? – Mocapiteuse !! (double jeu de mots) ».

Olivier. – (convaincu et achevé) Oh vertige ! Je découvre Mokap et ses turpitudes dionysiaques.
Mokap la plus grande mystificatrice du globe. Un subtil tissage de gnôle avec en fil de traine la pomme et en fil de trame la prune. Pôvre et naïf que tu es !
(soudain, lucide et effaré) Qu’a-t-elle mis dans le biberon de nos enfants ?

Le rideau tombe

* « Une femme dissimulée cache soigneusement tout ce qu’elle fait » La Bruyère, Les Caractères, La Pléiade, Gallimard, 1961, p. 60/3.

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